Vos semences de l'an prochain sont déjà dans votre jardin
Personne ne vous le dit quand vous achetez un sachet : selon ce qu'il contient, vous venez peut-être d'acheter des semences pour la dernière fois.
Une plante à pollinisation libre se ressème fidèlement. Vous récoltez ses graines, vous les semez l'an prochain, vous obtenez la même plante. Un hybride F1, non — sa descendance se décompose en un mélange imprévisible des grands-parents. Souvent décevant, parfois stérile.
C'est le mot sur le sachet qui décide, pas la plante. « Pollinisation libre », « ancestrale », « patrimoniale » : vous pouvez garder. « F1 » ou « hybride » : c'est un aller simple.
Commencez par les quatre faciles
Tomates, haricots, pois, laitue. Ces quatre-là s'autopollinisent — la fleur se féconde elle-même avant même de s'ouvrir. Peu ou pas de risque de croisement, même si le voisin cultive autre chose.
- Haricots et pois — les plus simples de tous. Laissez les gousses sécher sur le plant jusqu'à ce qu'elles crépitent. C'est tout.
- Laitue — laissez-la monter en graine. Quand les aigrettes blanches apparaissent, secouez la tige au-dessus d'un sac.
- Tomates — la seule qui demande une étape. Grattez les graines avec leur gelée dans un pot, ajoutez un peu d'eau, laissez fermenter deux à quatre jours jusqu'à ce qu'un voile se forme en surface. Rincez, égouttez, séchez sur une assiette — pas sur du papier, elles y collent pour de bon.
Les piments s'ajoutent facilement, avec une réserve : ils se croisent entre eux. Un doux planté à côté d'un fort, et l'an prochain vous aurez des surprises.
Ce qu'il vaut mieux garder pour plus tard
Deux familles compliquent la vie.
Celles qui se croisent au loin. Courges, concombres, melons, maïs, choux. Le pollen voyage — par les abeilles ou par le vent, parfois sur des centaines de mètres. Sans isolement, vous récoltez un croisement.
Celles qui prennent deux ans. Carottes, betteraves, choux, oignons, céleri sont des bisannuelles : une racine la première année, des graines la deuxième. Au Québec, ça veut dire déterrer les racines à l'automne, les garder au froid tout l'hiver, les replanter au printemps. Faisable, mais pas pour un premier essai.
L'erreur que tout le monde fait
On garde les graines du fruit qu'on n'a pas mangé. Le tordu, le tardif, celui qui traînait au fond du panier.
C'est l'inverse qu'il faut faire. Gardez les graines de votre meilleur plant — le plus productif, le plus sain, celui qui a mûri en premier. C'est comme ça qu'une variété s'adapte à votre terre, à votre exposition, à vos étés. Après cinq ou six ans de ce travail-là, vous n'avez plus tout à fait la même variété. Vous avez la vôtre.
Le séchage, c'est là que ça se joue
Une graine mal séchée moisit dans l'enveloppe, et vous ne le saurez qu'au printemps, quand rien ne lève.
Le test : un haricot bien sec éclate sous le marteau au lieu de s'écraser. Une graine de tomate se casse net au lieu de plier.
Ensuite : enveloppe de papier, jamais de plastique. Endroit frais, sombre, sec. Et écrivez la variété et l'année dessus. Vous pensez que vous allez vous en souvenir. Vous ne vous en souviendrez pas.
C'est une drôle d'affaire à écrire pour quelqu'un qui vend des semences. Mais c'est exactement l'idée : une variété ancestrale vous appartient une fois que vous l'avez. On est là pour la première fois — et pour les années où vous aurez envie d'essayer autre chose.
Et vous, est-ce que vous gardez déjà des semences?

